cinéma

Julia

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Julia boit. Rien à voir avec une beuverie joyeuse ou dépressive comme on en a trop vu au cinéma ou encore avec un alcoolisme mondain comme on en croise trop dans les romans. Julia boit avec énergie, avec entrain, juste ce qu'il faut de vodka pour oser faire ce qu'elle ne pourrait pas faire autrement : aborder des hommes le soir, dans les bars, pour que la vie, sa vie, lui paraisse moins vide, moins vaine, pas tout à fait inutile. Évidemment, il y a le matin aussi car on boit ensemble mais on est saoule seule. Très seule. Bouche pâteuse et AA. Julia déteste les AA. Leurs jérémiades, leurs gentillesses et leurs tasses de café. Il faudrait changer tout cela, changer de vie et pourquoi pas illégalement, après tout, au point où elle en est. Aller au fond du trou, comme au poker menteur, pour voir...

 

Extraordinaire portrait de femme flamboyante et physique, le nouveau film d'Erick Zonca (La vie rêvée des anges) se faisait un peu attendre. On ne regrette pas d'avoir attendu, tant cette histoire d'enlèvement à L.A. multiplie les instants d'un cinéma enthousiasmant et bouleversant. De cet oiseau qui tangue lorsqu'il a bu, Tilda Swinton a fait une femme au bord du gouffre que rien n'arrête et qui survit parce qu'elle ne cesse jamais de bouger, de mentir et d'avancer. Déterminée comme le sont rarement les héroïnes, elle joue sa vie à quitte ou double en permanence et avance vers la lumière sans jamais nous aveugler.
Zonca filme les matins blêmes et soirées saturées de disco avec la même verve, les lumières de Tijuana ou la chevelure de son actrice vedette avec la même énergie. Tout est à l'arrache ici, c'est une des grandes forces de ce film qui offre à Tilda Swinton l'un des ses meilleurs rôles, si ce n'est le plus beau. Est-il besoin de préciser que cette actrice hors norme ne passe pas à côté de ce cadeau magnifique. Méfiez-vous des rousses.

 

Publié le 11/03/2008 Auteur : F.Launay


Mots clés : cinéma